La fin du matériel – tout devient logiciel

Le taux de pénétration des smartphones a désormais dépassé 50 % dans certaines grandes villes et, avec la baisse des prix, l'adoption généralisée est inévitable. Il y a maintenant plus de personnes connectées à internet via un appareil mobile que via un PC.

Ce qui est particulièrement frappant, c'est que les smartphones surpassent désormais les PC à bien des égards : toujours connectés, avec contacts, calendriers et e-mails entièrement synchronisés ; les appareils Palm et autres « organiseurs » sont devenus obsolètes. Avec les appareils photo intégrés, les appareils photo numériques compacts ne sont plus nécessaires, et avec le GPS et les boussoles, il n'y a plus besoin d'appareils TomTom ou Garmin. Les smartphones sont devenus de véritables « couteaux suisses numériques », avec de nouveaux cas d'usage qui apparaissent chaque jour. Les appareils numériques à fonction unique sont relégués aux oubliettes de l'histoire. La dernière victime est la console de jeu portable, qui perd progressivement du terrain face aux smartphones.

Bien sûr, les « utilisateurs avancés » ne remplaceront pas leurs appareils photo reflex numériques ou leurs systèmes Hi-Fi par un iPhone, mais pour la grande majorité des consommateurs, l'iPhone offre tous les services numériques dont ils ont besoin. Aujourd'hui, les smartphones vont bien au-delà de l'iPhone. Tous les fabricants intensifient leurs efforts pour être compétitifs, et Google, via Android, a finalement fourni une alternative convaincante, déployée sur des appareils fiables et plus abordables. Ces acteurs façonnent désormais le marché.

Au-delà du succès des smartphones, quelles sont les implications pour l'industrie mobile, ainsi que pour l'électronique grand public et les logiciels ? Quelles nouvelles opportunités s'offriront aux consommateurs ?

La fin du matériel : tout devient logiciel

L'intégration croissante des composants, combinée à la baisse des coûts, est à la fois une cause et une conséquence de l'adoption massive des produits électroniques. Cette tendance est observée depuis les années 1990 sur le marché de l'informatique personnelle et depuis les années 2000 sur le marché de la téléphonie mobile.

Aujourd'hui, même les appareils mobiles d'entrée de gamme sont équipés d'écrans tactiles, d'appareils photo et de lecteurs multimédias. Il est désormais courant de trouver des téléphones mobiles dotés de la puissance de calcul d'ordinateurs haut de gamme d'il y a cinq à six ans, combinée à une connectivité haut débit, un GPS, des accéléromètres et une sortie TV. Ces technologies, autrefois très coûteuses, permettent de nouveaux cas d'usage qui ne sont pas toujours immédiatement évidents :

Que peut-on faire avec un accéléromètre ? Pas tant mesurer l'accélération de votre nouvelle voiture, mais plutôt détecter l'orientation de l'appareil. Cela ouvre de nouvelles possibilités, notamment dans le jeu, transformant le smartphone en une manette sensible au mouvement, un peu comme ce qui a fait le succès de la Wii.

Et l'écran tactile, est-il vraiment utile pour passer des appels ? Pas particulièrement ; cependant, grâce à la connectivité Wi-Fi, il devient une télécommande universelle, capable de gérer votre PC multimédia depuis votre canapé, d'afficher vos listes de lecture et de fournir les commandes dont vous avez besoin. Combinez ces fonctionnalités, et vous pouvez même piloter un hélicoptère télécommandé.

Et le GPS, à quoi ça sert ? Tout le monde en a déjà un dans sa voiture, c'était l'appareil indispensable de 2008, n'est-ce pas ? Oui, mais la connectivité internet permanente permet des applications communautaires. Non seulement vous pouvez voir si un ami est assis dans le même café, mais aussi si un radar a été signalé sur votre itinéraire.

Un appareil photo ? Pour créer des œuvres d'art ? Ou plutôt pour scanner des codes-barres, des cartes de visite, détecter des mouvements, ou capturer l'environnement, ouvrant la voie à la reconnaissance de localisation. Plus important encore, la combinaison de l'écran et du capteur permet aux utilisateurs de partager instantanément les photos prises pendant la journée. C'est éphémère, mais engageant.

Une boussole ? Vous ne naviguez pas en pleine nature ? Peut-être pas, mais elle permet de déterminer la direction vers laquelle l'appareil est pointé, rendant possible l'affichage d'une carte du ciel et l'identification des étoiles que vous observez.

Tout ce matériel devient accessible à des tiers grâce à l'ouverture des plateformes aux développeurs d'applications, donnant tout son sens à ces avancées technologiques.

C'est la combinaison d'un matériel robuste et technologiquement mature, d'une plateforme de développement logiciel ouverte et d'une interface tactile révolutionnaire qui a fait de l'iPhone l'appareil électronique le plus polyvalent actuellement disponible.

Par exemple, pour bénéficier d'un système d'alerte radar communautaire, il fallait auparavant acheter un appareil dédié, les premiers modèles étant vendus 700 €, et payer un abonnement couvrant à la fois la connectivité et le service. Une télécommande universelle coûte plus de 300 €. L'application équivalente sur iPod touch, iPhone ou Android est gratuite. Aujourd'hui, chaque propriétaire de smartphone dispose déjà du matériel requis et n'a plus qu'à accéder au service souhaité via un magasin d'applications. Encore une fois, ces cas d'usage n'ont été rendus possibles que par l'émergence d'un modèle « toujours connecté » : le prix du mégabit de données est passé de 3 € à 0,5 € avec le lancement de l'iPhone.

Tout comme le PC a mis fin au matériel spécialisé dans l'automatisation industrielle, le smartphone a déplacé l'attention du matériel vers le logiciel : le matériel est déjà là, il ne reste plus qu'à concevoir les logiciels et les services pour l'exploiter.

À cet égard, la stratégie de communication d'Apple est particulièrement illustrative de ce changement : la publicité pour l'iPod touch, initialement centrée sur un lecteur de musique, se concentre désormais sur le jeu, tandis que la plupart des communications d'Apple, notamment ses présentations de keynote, mettent l'accent sur les logiciels et les partenaires de l'écosystème.

Le potentiel créatif qu'offre cette évolution est remarquable : en combinant l'appareil photo, le GPS, la connectivité internet, un accéléromètre et une boussole, il est possible d'aller bien au-delà des cas d'utilisation traditionnels. La réalité augmentée devient accessible : l'écran affiche une vue en direct de votre environnement, tandis que le smartphone, conscient de votre position et de votre orientation, superpose des informations contextuelles telles que les noms de monuments ou les restaurants à proximité.

Même l'armée américaine utilise des iPhones pour calculer les trajectoires de balles, comme outils de traduction et pour afficher les images transmises par des drones. De nombreux fournisseurs de services ont abandonné la production de matériel dédié et se concentrent désormais uniquement sur l'adaptation de la couche logicielle des appareils existants.

Dans un avenir proche, les systèmes d'infodivertissement et les radios embarqués dans les voitures, actuellement basés sur du matériel et des logiciels propriétaires et non connectés, évolueront vers des "smartphones" intégrés, capables de diffuser de la musique et des vidéos à la demande, sans parler des informations routières en temps réel. Les systèmes de divertissement des avions suivront la même trajectoire (c'est déjà partiellement le cas avec Windows CE, le précurseur des systèmes d'exploitation mobiles modernes).

Tout comme les ordinateurs sont désormais partout, demain les "smartphones" seront partout, et tous ne serviront pas à passer des appels.

Morand Studer

De la stratégie à l'exécution, construisons l'avenir ensemble.
Contactez-nous