
La principale transformation en termes d'offres découle de l'absence d'investissement initial et du passage à des modèles de revenus basés sur le paiement à l'usage ou l'abonnement.
Un exemple concret : aux débuts du marché de la gestion de flotte par GPS (pour les livreurs, techniciens, médecins, etc.), deux startups étaient en concurrence. L'une proposait un progiciel vendu d'emblée, combiné à un PC et des appareils embarqués, financé par leasing. L'autre proposait un modèle par abonnement avec une plateforme web pour gérer la flotte.
À première vue, les deux modèles semblaient similaires : le client payait une redevance mensuelle, soit par des remboursements de leasing, soit par un abonnement, en échange d'un service. En réalité, les modèles économiques, et les services eux-mêmes, étaient fondamentalement différents. Dans le premier cas, le service était lié à une configuration fixe, tant au niveau matériel que logiciel. Dans le second, un simple mot de passe permettait un accès de n'importe où, toujours avec la dernière version disponible. Pour le fournisseur également, la différence était significative : l'un devait revendre de nouvelles versions, tandis que l'autre reposait sur le renouvellement des abonnements.
Ce modèle se développe désormais rapidement : messagerie en ligne, streaming vidéo (YouTube, VOD, etc.), logiciels en ligne (Web 2.0, Picasa, Photoshop, etc.), et même les abonnements de streaming musical (Deezer, Spotify, LastFM, Qobuz, etc.). Contenus et logiciels se dématérialisent entièrement.
Données et applications sont accessibles partout : puisqu'elles sont hébergées en ligne, les applications personnalisées sont accessibles depuis n'importe quel appareil connecté. Plus besoin de sauvegardes, de réinstallation, de transferts ou de duplication de données. Données et applications sont toujours à jour, la synchronisation en temps réel assurant des mises à jour continues, éliminant les problèmes de compatibilité et de format.
L'usage est significativement plus flexible : une infrastructure partagée permet une capacité quasi illimitée pour répondre aux besoins immédiats. Aucun investissement initial n'est requis : le modèle de paiement à l'usage permet aux utilisateurs de ne payer que pour la consommation réelle. Au sein des organisations, le déploiement à grande échelle devient instantané et gratuit, les applications étant livrées via internet.
Cela permet également de nouveaux modèles de tarification : la relation entre les fournisseurs PaaS et SaaS, lorsqu'ils sont distincts, est généralement basée sur un modèle de paiement à l'usage. Les fournisseurs SaaS peuvent alors facturer les utilisateurs finaux soit sur la même base, soit par le biais de frais d'abonnement. Des sources de revenus alternatives, telles que la publicité, peuvent compléter voire remplacer les paiements directs des clients. C'est là qu'émerge le modèle freemium : accès gratuit pour les services de base, et accès payant pour les fonctionnalités avancées. Parmi les exemples figurent Megavideo, Second Life, Rapidshare, et d'autres.
Ces modèles s'appliquent également aux grandes entreprises, avec l'externalisation des serveurs vers des centres de données, que ce soit via des plateformes où les applications restent la propriété des clients (PaaS), ou via une externalisation complète des services (SaaS), avec des solutions comme Google Pro, Salesforce.com, SAP, ou des applications spécifiques à l'industrie (gestion de flotte, etc.). Bien que le travail essentiel lié au cœur de métier, comme les processus, la configuration, la gestion des données, la formation et la gestion du changement, reste indispensable, la mise en œuvre des projets est significativement simplifiée.
Cela dit, le plein potentiel du cloud computing n'a pas encore été réalisé, car le manque de normes continue de décourager les acteurs institutionnels de s'adapter pleinement à ses possibilités. Néanmoins, il semble s'agir d'une évolution inévitable : le trafic cloud augmente rapidement, Gartner estimant une croissance annuelle de 50% au cours des cinq prochaines années.
Si ce paradigme du "tout internet" ouvre de vastes opportunités, une barrière majeure à l'adoption demeure : la disponibilité et la vitesse de la connectivité. Par exemple, les utilisateurs souhaitent souvent partager des photos en voyage, lors d'un week-end à New York ou Londres, dans des zones rurales ou en montagne. Aujourd'hui, les coûts des données mobiles à l'étranger peuvent être jusqu'à 1 000 fois plus élevés que les tarifs nationaux, atteignant 10 000 € par gigaoctet, tandis que la disponibilité du réseau (3G ou Wi-Fi) reste incohérente dans de nombreux endroits. Dans certains cas, il est encore moins cher d'imprimer et d'envoyer une photo par la poste que de l'envoyer par e-mail à l'étranger.
Apple a reconnu ce défi, potentiellement en apportant plus de perturbations dans les modèles de tarification que dans les produits eux-mêmes : d'abord avec des forfaits internet illimités accompagnant l'iPhone, et plus récemment avec des forfaits de données prépayés disponibles via l'App Store pour l'iPad, quel que soit le pays ou l'opérateur.
La vitesse de connexion, en particulier la vitesse d'upload, reste un autre défi majeur. Bien qu'elle soit généralement suffisante pour l'usage actuel, l'augmentation continue de la bande passante, combinée à l'émergence de nouvelles technologies, génère une demande toujours croissante : vidéo HD, images haute résolution, audio de haute qualité. Télécharger 1 Go de photos peut encore prendre plusieurs heures, même avec une bonne connexion. Les cartes mémoire atteignant désormais des capacités de 64 Go, cela devient un véritable défi.
Morand Studer