Libérer tout le potentiel stratégique des enjeux RSE

En 2020, Eurazeo a lancé O+, sa nouvelle stratégie de développement durable visant à atteindre la neutralité carbone d'ici 2040 au plus tard, à promouvoir une économie plus inclusive et à encourager les investissements bas carbone. Cette dynamique d'engagement en faveur de la RSE – Responsabilité Sociale des Entreprises – ne concerne pas seulement les fonds d'investissement mais aussi l'ensemble du spectre économique, à l'image de groupes comme Veolia ou Engie qui ont placé la transformation écologique au cœur de leur stratégie. Cette tendance est portée par une pression sociale toujours plus forte, notamment de la part des jeunes générations, et par une législation de plus en plus exigeante pour les entreprises.

Une pression sociale croissante contraint les acteurs à se positionner et même à se différencier en prenant mieux en compte les enjeux RSE

La pression sociale semble être la principale motivation pour les entreprises à s'engager dans des initiatives RSE. Les consommateurs sont plus que jamais demandeurs de transparence sur l'origine et la qualité des produits, ce qui entraîne la prolifération de labels, tels que Origine France Garantie, et le succès de start-ups comme Yuka ou C'est qui le patron? Cette tendance ne se limite pas aux marchés B2C, les acteurs B2B étant également pleinement concernés. Quant aux salariés, ils sont de plus en plus exigeants quant à l'exemplarité écologique et sociale de leur entreprise. Certaines plateformes se distinguent à cet égard, comme Shift Your Job, qui propose de recenser les organisations qui contribuent d'une manière ou d'une autre à la décarbonation de l'économie. Une logique similaire est proposée par le Collectif pour un réveil écologique, qui cherche à aider les jeunes diplômés à « choisir un employeur suffisamment engagé dans la transition ».

Un cadre juridique qui agit comme un accélérateur de la transformation RSE

Le cadre législatif pose également les bases d'un changement de dimension de l'intérêt que portent les entreprises aux enjeux RSE. En l'espace de quelques années, le cadre juridique mis en place pour inciter les entreprises à adopter des principes durables s'est considérablement renforcé. En 2015, la Loi sur la transition énergétique pour la croissance verte a prôné une croissance économique durable et la création d'emplois durables. Quatre ans plus tard, la Loi Pacte a encouragé les entreprises à mieux prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux dans leurs activités, et a introduit le principe de l'Entreprise à Mission, donnant aux entreprises la possibilité de « déclarer leur raison d'être au travers d'objectifs sociaux et environnementaux ». Au niveau de l'UE, deux textes législatifs sont récemment entrés en vigueur. Depuis 2019, le Règlement sur la publication d'informations (ou Règlement sur la publication d'informations en matière de durabilité financière) impose de nouvelles obligations aux acteurs financiers d'intégrer les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) dans leur reporting, exigeant des gestionnaires de fonds qu'ils évaluent la durabilité de leur portefeuille et des investisseurs finaux qu'ils définissent des objectifs de durabilité. La comparabilité des produits financiers au regard des risques ESG, et donc l'incitation pour les fonds à prendre en compte ces critères dans leurs politiques d'investissement, s'en est trouvée particulièrement renforcée. Enfin, la CSRD proposée par la Commission européenne en 2021 vise à améliorer et harmoniser la publication d'informations sur la durabilité des entreprises.

Le début d'une nouvelle ère pour la gestion de la RSE en entreprise, rendue durable et rentable par le numérique et la science des données

Afin de ne pas détourner un nombre croissant de consommateurs, de rester attractives sur le marché du travail dans un souci de marque employeur, et de satisfaire une législation de plus en plus pressante, les entreprises doivent donc intégrer les aspects RSE à leur stratégie. Les grands groupes prennent ce besoin de plus en plus au sérieux, souvent comme une contrainte, et parfois comme une opportunité. Total est récemment devenu TotalEnergies, un changement de nom non seulement symbolique, mais représentatif de la volonté du groupe d'être perçu comme un acteur de la transition, en fournissant des énergies telles que l'éolien, la biomasse, le solaire, l'électricité et l'hydrogène. Cette tendance est également incarnée par des entreprises qui font de la RSE une stratégie pour leur modèle économique. L'entreprise française BackMarket, fondée en 2014, est déjà un acteur majeur de l'économie circulaire et depuis mai 2021 l'une des licornes françaises, après avoir levé 276 millions d'euros de financement. D'autres, issues de la tendance de l'entrepreneuriat social – qui combine dimensions sociales et environnementales autour d'un projet viable – rencontrent un grand succès : La Ruche qui dit oui, qui propose d'acheter directement auprès de producteurs locaux, ou Phénix, le concurrent français de Too Good to Go, qui donne une seconde vie aux invendus alimentaires, sont des exemples de jeunes entreprises à succès dont le modèle répond structurellement aux enjeux de développement durable de notre époque.

Face à cette demande de plus en plus pressante de modèles opérationnels vertueux, l'approche « coche de case » dans laquelle de nombreuses entreprises se sont investies ces dernières années semble dépassée. En effet, le suivi d'indicateurs « standards », tels que la parité, le taux de rotation du personnel ou la consommation énergétique, ne permet pas de refléter fidèlement les efforts entrepris pour rendre les activités économiques plus durables. Dans ce contexte, le déploiement de solutions numériques, combiné à une approche analytique avancée permise par une maîtrise des techniques de science des données les plus pointues, sont clés pour développer une démarche RSE au plus près des opérations de l'entreprise, avec un impact directement mesurable. Par exemple, les projets de maintenance prédictive permettent de mieux appréhender le rythme de dégradation d'un actif, et ainsi d'allonger sa durée de vie tout en optimisant son plan de maintenance. La « nouvelle génération » de RSE est donc rentable et durable, et peut contribuer positivement à la performance financière des entreprises.

Ainsi, pour de nombreuses entreprises, la RSE n'est plus une contrainte administrative de conformité aux nombreuses règles en vigueur, mais plutôt un enjeu stratégique à relever par en l'intégrant pleinement à leur modèle d'affaires. Il est vrai que les rapports extra-financiers sont encore parfois académiques et peu opérationnels, mais les entreprises prennent progressivement conscience qu’elles ne peuvent plus s’en contenter. Le reporting social et environnemental ne peut plus servir uniquement à rassurer les investisseurs potentiels ou les autorités de tutelle, mais doit désormais refléter la stratégie globale de l’entreprise. Pour ce faire, l’adaptation de son modèle d’affaires est désormais une nécessité. D’ailleurs, les acteurs économiques sont aujourd’hui à un tournant où la pression légale et sociale, et son amplification possible à l’avenir, nous amène à penser que la logique d’adaptation et d’optimisation qui a prévalu jusqu’à présent doit désormais céder la place à une logique d’innovation et de construction de nouveaux modèles d’affaires à la hauteur des enjeux de la transition écologique.

Maxime Caro, Léo Poitou, Alexis Maupoint

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